dimanche 31 décembre 2023

Flash-back : un mois avant

 

25 novembre 2023 - En plein rush Mérignac-La Rochelle ….


Pour réaliser pourquoi ce départ était dingue ou surréaliste, il faut repartir un mois en arrière.

25 novembre : dernier jour de travail pour moi. Chris bosse encore jusqu’au 30, gros concert pour lui ce soir, les enfants sont au collège « comme si de rien n’était », Clarisse organise une Boom avec ses copains-copines ce soir en guise de fête de départ. On est sensé remettre les clés de la maison aux sous-locataires autour du 01/12…. soit une semaine plus tard.


Pendant ce temps-là, Mowgli est à sec sur le terre-plein du Chantier Nautique de la Rochelle et vient d’essuyer les successives tempêtes de novembre qui ont retardé et compliqué les travaux. Il n’a plus ses voiles, plus sa capote, plus de safran, plus d’hélice, son moteur est en révision, les coffres et réservoirs d’eau ouverts et vidés, et accessoirement quelques soudures sur la coque à faire avant de remettre à l'eau… sans parler de tout ce qu’il y a à faire pour chaque prépa voyage.


Etonnamment, nous prenons cela avec une certaine philosophie…. et pourtant il en reste tant. Le Chantier vient juste de finir les dernières couches de peintures après les 2 sablages et aérogommage épiques dont on vous épargne les détails techniques.



Au 25 novembre, il reste à faire :

  • clôturer avec intelligence et tact nos boulots et activités respectives (y compris le collège des enfants) essentiel pour bien appréhender le retour.

  • vider, nettoyer, préparer la maison pour les sous-locataires

  • finir le chantier bateau (énorme boulot, remise à l’eau, regréer, remise en fonction de tous les équipements)

  • assurer toute la logistique (avitaillement, pharmacie, équipement, loisir, CNED, etc.)


Les maitre-mots des 3 semaines intenses qui vont suivre vont être solidarité et concentration.

CONCENTRATION car Chris et moi avons usé de toutes nos aptitudes pour tenir le cap, s’adapter et prioriser face à l’adversité. Quand je culpabilise sur les projets voyages face à nos carrières pro, je me rassure en pensant que nous développons dans ces moments de sacré compétences sur la gestion de projet. Il faut se faire confiance l’un l’autre, se répartir les tâches en fonction de nos point forts, bien nous coordonner, discuter (mais pas trop !!!), arbitrer, gérer le budget (aïe aïe aie comment vous dire que le 5 semaines de retard et complication sur le chantier nous ont coûté très très cher…).

SOLIDARITE car sans l’aide, le soutien et les encouragements si précieux des uns et des autres, le challenge n’était pas réalisable. Ou du moins nous prenions le risque de nous abîmer (notre santé, capital sommeil et notre capital relationnel).

Impossible de ne pas citer nos parents et spécialement, nos mamans et belles-mamans fidèles dans leur soutien. Solène a libéré 15 jours de son temps pour nettoyer la maison avec moi et s’occuper de la logistique des enfants, Evy nous a cousu rideaux et pochettes pour les rangements, Claudine a préparé avec soin notre liste de pharmacie de bord adaptée à chacun de nous, et les derniers médicaments ont été trouvés in extremis par Solène et Evy à la pharmacie de garde des Capu un dimanche soir !!!! Quel travail d’équipe autour de nous et comme cela est précieux !!!

Et comment ne pas citer les bateaux – copains, Hervé qui est venu comme un ange des Pyrénées donner à Chris LE coup de main pile au moment de la baisse de moral, Anne passant chaque jour pour nous challenger (« Allez les amis, faut être prêt pour jeudi » ! ), Julie, Julien et Armelle, trouvant avec délicatesse à fêter les 50 ans de Chris par un super repas sans gluten et à arranger tous les petits détails de dernières minutes, y compris à 23h30 la veille du départ ( si si !!!) , et Hubert, dont l’avis si précieux nous aide toujours à prioriser, à garder la tête froide et à avoir confiance en nous… ce qui est tellement important.

Et puis, vous tous qu’on ne peut pas citer, la famille, les amis, par votre présence, vos mots d’encouragement, celles et ceux à qui nous avions promis de partager un repas ou apéro d'avant départ, et surtout  pour votre compréhension face à notre speed et notre indisponibilité de ces derniers mois.

                                MERCIIIIIII !

Je retiens les mots de Pauline, ma sœur adorée, qui m’ont tellement aidés pendant les semaines de préparation qui tournent parfois à la limite de la folie : « Barbara, finalement, le voyage a déjà commencé… » . Elle a raison : se challenger, sortir totalement du quotidien, le trac de l’inconnu, le dépassement de soi, le voyage avait déjà commencé….

Et jusqu’au bout l’enchainement aura tenu un rythme infernal :

  • Jeudi : je fais visiter la maison signe avec les sous-locataires

  • Vendredi : les enfants arrêtent le collège

  • Samedi : 50 bougies pour Chris YIHAAA !! pas le temps de réaliser …… je me trompe même de jour, en fait c’est pour le lendemain !!!!!

  • Dimanche : 2 aller-retour Bordeaux_La Rochelle avec tout l’avitaillement

  • Mardi : remise des clés de la maison

  • Mercredi : les enfants arrivent à bord

  • Jeudi 14h: le dernier artisan intervient pour câbler notre GPS et compas

  •  Jeudi 22h : le bulletin météo se confirme, on décide de partir

  • Vendredi 6h30 : on passe les Tours / 10h : petit coup de téléphone à nos parents pour les informer / 11h on active l’IRIDIUM / 14h on a passé L’île d’Oléron, le saut dans le Golfe de Gascogne….

Ça y est, on est parti…. Voyage #4 ……. Quel démarrage !







faire rentrer 9 mois d'avitaillement

après le passage de Ciaran et Domingos

état des lieux et point priorités

objectifs atteints non sans douleur 


mardi 26 décembre 2023

Dépassement de Soi


25 décembre 2023 – Quel plus beau cadeau de Nöel qu’une arrivée à Madère le 25 décembre au lever du soleil …. ?


Jeudi 14 décembre 22h. Le carré de Mowgli est encore encombré, et la To Do List est encore très longue, mais il ne reste quasi rien sur la ligne « Indispensable avant départ »….. Nous venons de passer des semaines éprouvantes au cours desquelles nous avons mobilisé une énergie de dingue. Notre niveau de concentration est à son maximum comme il peut l’être dans les grandes occasions : penser à tout, agir en responsabilité, prendre les bonnes décisions.

22h30 : Dernière vérification de la météo : la fenêtre incertaine pour traverser le Golf de Gascogne semble se confirmer pour le lendemain matin…. Dans les jours suivants, cela risque de se boucher pour longtemps. Aucun doute : il faut y aller. Nous avons 2 heures pour finir de ranger, remettre les clés de la voiture aux copains rochelais, mettre le réveil à 5h45 car l’écluse du bassin ferme à 6h30.

L’une de nos craintes était le risque du déjà vu dans ce voyage #4 : même équipage, même bateau, même port de départ, même saison, même programme sur toute la 1ère partie. Eh bien nous sommes servis : pas encore partis que tout est différent !! En décembre 2019, nous avions attendu un long mois une fenêtre météo qui nous avait fait languir à La Rochelle. Cette fois, nous n’aurons pas eu un jour, ne serait-ce qu’une heure, pour dire « ouf » avant de partir. Cela aura été totalement surréaliste….. et impossible sans la solide expérience des précédents voyages, nous sommes partis totalement à l’arrache mais finalement bien préparés. Et ultra motivés. Et plutôt de bonne humeur, malgré une fatigue nerveuse à son comble, et pour ma part un énorme trac.


Nous voilà donc passant les Tours de La Rochelle, il fait encore nuit noire. Tout départ est un saut dans l’inconnu. Objectif : traverser le Golf, passer le Cap Finisterre avant une bascule de vent au Sud Ouest annoncée 3jours plus tard. La fenêtre est juste juste. Il ne faut vraiment pas trainer et compter sur notre moteur car le vent va faiblir en arrivant sur les côtes espagnoles.



En mode « just on time », nous activons notre téléphone satellite avec les dernières barres de 4G au milieu des Pertuis. Ouf cela semble fonctionner : si la bascule de Sud arrive plus vite que prévu, on pourra se mettre à l’abri.


Il ne nous reste plus qu’à changer de peau : passer du mode «terrien-actif-débordé-connecté» au mode «marin-humble-vulnérable» ….. et il nous faudra bien ces 2 jours et demi de navigation pour cela.



Chacun de nous 4 retrouve peu à peu ses marques. Etonnamment, Clarisse s’engouffre dans la lecture, Jules est plus hésitant à trouver son rythme…. Les quarts s’enchainent, de jours, de nuit, on a encore du mal à réaliser, nous sommes tellement fatigués par ces semaines de préparation qu’il nous est impossible de se projeter. Même la magnifique rencontre avec une colonie de Globicéphales venant naviguer avec nous semble irréaliste.





Cette navigation aura été pour moi comme une chute libre (mais au ralenti la lenteur du bateau oblige !!). Pour notre 4ième départ en Grand Voyage, tout dans notre tête est a priori checké, connu, voir expérimenté. Pour autant, nous avons aussi l’expérience des galères, de l’imprévu et de l’inattendu. Comme Socrate, tout ce que nous savons du voyage c’est que nous ne savons rien… Alors ce départ de dingue, nous laisse suspendu (le safran avec ses nouvelles bagues fonctionne –til ? comment réagit le pilote ? les enfants ne sont–ils pas trop grands dans leur couchette ? le nouveau radar est-il efficace ? les nouvelles batteries sont-elles plus performantes ? Mille questions à la minute s’enchainent dans nos têtes).


 L’escale à Fisterra, typique petit port de pêche au Cap Finisterre, fera office d’ouverture du parachute : le saut s’est bien passé, très bien passé même. Bravo Chris pour le pilotage des opérations. On peut s’autoriser à réaliser que le voyage est là… on peut planer…….


la criée de Fisterra

Enfin, c’est vite dit : en office de planage, on prend la décision de repartir moins de 24h après pour filer sur Madère : 6 jours de mer, un fort flux de Nord nous offre du vent costaud, on devrait aller vite les premiers jours et finir malheureusement au moteur dans la pétole. Encore une fois, il ne faut pas hésiter. On fonce, quitte à supporter l’inconfort. 4 jours dans les montagnes russes, mer très agitée, grise, vent froid, ciel bas, grosse houle, brrr, on n’a pas mis le nez dehors si ce n’est pour le veille. Chacun blotti dans sa couchette avec un bouquin et des heures à chercher le sommeil dans un tambour de machine à laver. Mais personne ne se plaint. On sait tous les 4 pourquoi, il faut en passer par là. Les 2 premiers jours sont toujours les plus durs, et on finit par s’habituer. 




Peu à peu le vent se calme, le soleil revient. Les routages semblent nous indiquer qu’on devrait arriver à Madère le 25 décembre à 9h mer plate et grand soleil… on n’ose à peine y croire ! Quel cadeau, et quelle classe !!!!!

 


Et ce n’était pas gagné : à ceux qui disent « vous avez de la chance, on répond, certes, mais aussi du mérite !!!!!! »