25 décembre 2023 – Quel plus beau cadeau de Nöel qu’une arrivée à Madère le 25 décembre au lever du soleil …. ?
Jeudi 14 décembre 22h. Le carré de Mowgli est encore encombré, et la To Do List est encore très longue, mais il ne reste quasi rien sur la ligne « Indispensable avant départ »….. Nous venons de passer des semaines éprouvantes au cours desquelles nous avons mobilisé une énergie de dingue. Notre niveau de concentration est à son maximum comme il peut l’être dans les grandes occasions : penser à tout, agir en responsabilité, prendre les bonnes décisions.
22h30 : Dernière vérification de la météo : la fenêtre incertaine pour traverser le Golf de Gascogne semble se confirmer pour le lendemain matin…. Dans les jours suivants, cela risque de se boucher pour longtemps. Aucun doute : il faut y aller. Nous avons 2 heures pour finir de ranger, remettre les clés de la voiture aux copains rochelais, mettre le réveil à 5h45 car l’écluse du bassin ferme à 6h30.
L’une de nos craintes était le risque du déjà vu dans ce voyage #4 : même équipage, même bateau, même port de départ, même saison, même programme sur toute la 1ère partie. Eh bien nous sommes servis : pas encore partis que tout est différent !! En décembre 2019, nous avions attendu un long mois une fenêtre météo qui nous avait fait languir à La Rochelle. Cette fois, nous n’aurons pas eu un jour, ne serait-ce qu’une heure, pour dire « ouf » avant de partir. Cela aura été totalement surréaliste….. et impossible sans la solide expérience des précédents voyages, nous sommes partis totalement à l’arrache mais finalement bien préparés. Et ultra motivés. Et plutôt de bonne humeur, malgré une fatigue nerveuse à son comble, et pour ma part un énorme trac.
Nous voilà donc passant les Tours de La Rochelle, il fait encore nuit noire. Tout départ est un saut dans l’inconnu. Objectif : traverser le Golf, passer le Cap Finisterre avant une bascule de vent au Sud Ouest annoncée 3jours plus tard. La fenêtre est juste juste. Il ne faut vraiment pas trainer et compter sur notre moteur car le vent va faiblir en arrivant sur les côtes espagnoles.
En mode « just on time », nous activons notre téléphone satellite avec les dernières barres de 4G au milieu des Pertuis. Ouf cela semble fonctionner : si la bascule de Sud arrive plus vite que prévu, on pourra se mettre à l’abri.
Il ne nous reste plus qu’à changer de peau : passer du mode «terrien-actif-débordé-connecté» au mode «marin-humble-vulnérable» ….. et il nous faudra bien ces 2 jours et demi de navigation pour cela.
Cette navigation aura été pour moi comme une chute libre (mais au ralenti la lenteur du bateau oblige !!). Pour notre 4ième départ en Grand Voyage, tout dans notre tête est a priori checké, connu, voir expérimenté. Pour autant, nous avons aussi l’expérience des galères, de l’imprévu et de l’inattendu. Comme Socrate, tout ce que nous savons du voyage c’est que nous ne savons rien… Alors ce départ de dingue, nous laisse suspendu (le safran avec ses nouvelles bagues fonctionne –til ? comment réagit le pilote ? les enfants ne sont–ils pas trop grands dans leur couchette ? le nouveau radar est-il efficace ? les nouvelles batteries sont-elles plus performantes ? Mille questions à la minute s’enchainent dans nos têtes).
L’escale à Fisterra, typique
petit port de pêche au Cap Finisterre, fera office d’ouverture du
parachute : le saut s’est bien passé, très bien passé même.
Bravo Chris pour le pilotage des opérations. On peut s’autoriser à
réaliser que le voyage est là… on peut planer…….
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| la criée de Fisterra |
Enfin, c’est vite dit : en office de planage, on prend la décision de repartir moins de 24h après pour filer sur Madère : 6 jours de mer, un fort flux de Nord nous offre du vent costaud, on devrait aller vite les premiers jours et finir malheureusement au moteur dans la pétole. Encore une fois, il ne faut pas hésiter. On fonce, quitte à supporter l’inconfort. 4 jours dans les montagnes russes, mer très agitée, grise, vent froid, ciel bas, grosse houle, brrr, on n’a pas mis le nez dehors si ce n’est pour le veille. Chacun blotti dans sa couchette avec un bouquin et des heures à chercher le sommeil dans un tambour de machine à laver. Mais personne ne se plaint. On sait tous les 4 pourquoi, il faut en passer par là. Les 2 premiers jours sont toujours les plus durs, et on finit par s’habituer.
Et ce n’était pas gagné : à ceux qui disent « vous avez de la chance, on répond, certes, mais aussi du mérite !!!!!! »


















