lundi 8 avril 2024

Les "Entre-deux"

Ah ce satané virus nous a bien bousculé. Pas grave a priori car la très forte fièvre des garçons n’a duré que 24h mais elle a été suffisamment brutale et intense pour pomper toute leur énergie pendant plusieurs jours et, de ce fait, pour brouiller les cartes. 
Et ce d’autant plus que la météo pour passer la pointe de Porto Rico et atteindre les Bahamas n’était pas simple avec un front froid fort annoncé. 

Bref, pendant 48h le cockpit s’est transformé en place des palabres :  «On y va ?  On y va pas ?  Si on y va on part quand ? On s’arrête en Rep Dom ou non ? Si oui où? Est ce raisonnable ou pas ?  Quels sont les risques ? Comment tu le sens ? Etc etc etc ….» !!….

… Finalement, nous sommes partis ! Christophe pas totalement au top (fatigue et gros mal de gorge et une toux d’enfer) mais avec le bon créneau météo pour le départ, et donc des conditions faciles pour traverser le Mona Passage et longer la côte Nord Est de la République Dominicaine avant le front froid amenant du vent de Nord



Nous avons misé sur le calcul rationnel suivant : si la courbe de conditions météo risque de se détériorer en 2 ieme partie de nav, à l’inverse, la courbe de forme de Christophe devrait s'améliorer au fil de jours…..! Logique, non ???!.. 

Tout cela n’empêche  pas de faire les guignols !!

Mais ce que nous n’avions pas prévu en revanche, c’est que Jules, après avoir perdu l’appétit, ne plus nager, rester dans sa couchette et n’en sortir que pour aller d’une banquette à l’autre (et ne plus avoir du tout de réseau en nav ?!?!..?) a eu un impact direct et radical sur son moral : il nous a fait pendant les 3 premiers jours de nav un gros gros coup de blues-méga-déprime ….ce qui à mon tour m’a rendu fort inquiète !! Jusqu’à ce que je réalise qu’il s’agissait tout simplement du contre-coup tout-à-fait normal du virus, j’étais en stress total. 

Voila donc la scène de ce début de navigation : Christophe toussant et grimaçant à chaque déglutition, l’attention rivée sur la météo, Jules les yeux ternes de chien battu, moi le regard inquiet et les sourcils froncés ….et notre petite Clarisse, rayon de soleil du bord, oeuvrant de gentillesse et bonne humeur sans faille. 

Allons donc, au final, comme prévu, Chris s’est rétabli, et a donc super bien géré la nav et les options de cap. C’est donc au travers ultra confort et non au près serré que que nous avons longé les « Turk and Caicos » et abordé les Bahamas. Le moral de Jules est revenu au beau fixe, non sans quelques discussions de fond très intéressantes sur le sens du voyage. 

Pensées cheveux dans le vent….

 
Arrivés aux Bahamas dans la petite ville de Georgetown pour y faire les habituelles formalités administratives de douane et immigration, quelques heures avant le coup de vent, un peu étourdis par les épisodes précédent, une autre surprise nous attendait : les eaux sont bien turquoises - comme sur les prospectus- mais ….. ce dont on ne se doute pas en regardant les clichés des Bahamas (eaux transparentes - plages de sables fin et blanc- cocotiers) c’est …. qu’il fait « froid »! 

Enfin froid, tout est relatif : l’air est à 24-25°, l’eau est à 23-24°. Mais je vous assure qu’après la torpeur des Caraïbes où, même en pleine nuit ou sous un grain, on ne sort pas un sweat pendant des semaines, cela fait un choc! 

J’ai mis au moins une semaine à me faire à l’idée que nous avions bel et bien changé de lattitude , de climat et que oui, nous montions vers le Nord, il y a une logique à tout cela. 

Les Bahamas restent splendides mais elles sont bien «entre-deux ». 

Nous avons donc ressorti vestes de quart pour les trajets en annexes et combinaison de plongée pour aller à l’eau. Bien sûr, ne nous méprenons pas: à midi, sous un grand soleil et par pétole, il fait encore très chaud  (les photos à venir en attesteront) mais dès que le vent se lève et/ou que le soleil s’assombrit derrière un nuage, une veste est bienvenue. 

Notre vie à bord change donc un petit peu : nous commençons petit-à-petit à ressortir les plaids, à manger dedans le soir, à laisser la capote fermée et nous avons définitivement rangé notre grand taud de soleil… autant de petits détails du quotidien, apparemment insignifiants, mais sur notre petit monde de 20 m2 tous les détails ont leur importance. 

Très clairement, nous savions que cette phase aller arriver, et nous restons ultra motivés pour aller vers le Nord, nous nous ne attendions juste pas du tout à cela…. aux Bahamas qui figurent dans tous les imaginaires comme le paradis des eaux chaudes !!! 

Les plages rocailleuses côté océan 



L’étrangeté de la situation a été encore renforcée par une drôle de découverte à Georgetown. Il s’agit d’une petite ville ou d’un gros village, difficile à dire, disons le spot des Exumas (l’archipel d’îles des Bahamas en question) où se trouve l'aéroport « international » et donc la vie qui va avec. 


La baie est très bien protégée, le cadre est beau avec les plages de « Stocking Island » 1 mile nautique en face,  et toutes les conditions sont réunies pour que des dizaines de voiliers y séjournent (pour les marins, le Saint Anne de Martinique en somme). Nous n’avons donc pas été surpris de premiers abords d’y voir tous ces bateaux. Le week-end de Pâques, nous avons appris par un bateau français qu’un apéro était organisé sur une plage vers 16h…. 

Nous y avons fait une très étonnante découverte digne d’un manuel de sociologie : il existe en fait à Georgetown une « communauté » autoproclamée, composées de près de 200 bateaux américains et canadiens qui passent tous leurs hivers depuis 20 ans sur leur bateau à Georgetown (en mode camping des mer) avec toutes sortes de rituels et de cérémonials. Le fameux apéro sur la plage n’a donc rien d’un apéro mais carrément d’un immense repas auberge espagnole (sans alcool ) avec assiettes et couverts les pied dans le sable. La moyenne d’âge est soit de plus de 65 ans, soit moins de 6 ans (quelques familles américaines avec de très jeunes enfants), nous étions donc pas vraiment dans la cible. Tous les matins à 8h  sur la VHF canal 72,  en mode prêche, l’animateur de la communauté accueille les nouveaux arrivants, salue ceux qui partent, et s’en suit 45 min de partage d’informations sur la vie du mouillage, les activités mais aussi les business possible et les demandes de service. A l’américaine, le ton courtois, enjoué, positif mais légèrement aseptisé , ce qui en bon français nous laisse stupéfait : tout cet ordre, cette apparente bonne humeur généralisée et cette autosatisfaction sur les vertus de la Communauté nous évoque - à tort je pense, quoi personne ne râle ??-  plus une secte qu’un spot de bateau copains !!!!  Bref, un petit choc culturel là aussi : nous avons bien quitté les Caraïbes, la fureur de Porto-Rico et le charme créole. Nous ne sommes pas encore aux US mais bien dans l’entre-deux ! 



Le panier de course à 150$…..

Si nous rajoutons à cela, le montant de la note de nos 1eres courses à la supérette du coin où j’ai blêmi des tarifs  (3 tomates pour 5 $ - 1 bouteille de jus d’orange pour 11$) et une opération « laundry/lavomatic » la plus atypique qui soit (un spectacle a elle seule cette laundry avec ses machines chauffées au gaz, ses tuyaux d’eau enfoncées direct dans le tambour de la machine et ses 3 heures d’attente, sans un livre, sans réseaux, avec un mix étonnant de locaux et d’américains de la Communauté qui se trouve ici comme chez eux), forcément, il faut bien quelques jours pour retrouver ses repères. 



Les Bahamas sont donc unique en leur genre. Un monde à elles toutes seules. Et nous mourrons d’envie d’en découvrir davantage. 

Le mouillage surpeuplé de Georgetown 

Après ces quelques jours d’étourdissement -  où nous étions à vrai dire un peu déboussolés -, nous avons plongé avec délectation dans le bain de la découverte avec une super journée en mode expédition: nous avons retrouvé les « Blue Pearl » rencontrés à Barbuda et nous sommes partis sur plusieurs miles avec les 2 annexes à a fond, explorer la mangrove de la réserve naturelle et la LazyRiver où l’on peut se  laisser porter par le courant au milieu de bands de sable. Clarisse et moi étions dans la grande et puissante annexe de Marc et Claude pour permettre à Chris et Jules de déjauger dans notre annexe (merci le 15 CV de Saint Martin ;-) !!).  

L’entre- Deux est derrière nous : nous sommes bels et bien à fond, du bleu plein les yeux ! 


Le road trip en annexe : vive le 15 CV !!! 





La belle équipe : Mowgli et Blue Pearl. Super rencontre !  

Se laisser deriver dans la Lazy River

Forme et moral au beau fixe !!! 



Lecture pour les uns, peinture pour les autres : vive les Bahamas sans data 
  
Nous sommes bel et bien aux Bahamas  !