mercredi 22 mai 2024

Bahamas-NYC : 9 jours de nav de la planète bleue à la Lune

 Le voyage est fait de contrastes, de surprises, d'imprévus, de renouveau sans cesse. 

 Ce mois de mai est totalement dingue par son intensité. Un condensé de vie et d’aventures rarement égalé dans notre ambitieuse expédition familiale. Comment arrivons nous à gérer toutes ces émotions, à absorber toutes ces sensations, à digérer toutes ces expériences ?

 

Quelle richesse de vie et quelle adrénaline en continue….. c’est autant excitant qu’éprouvant parfois.

Nous quittons début Mai les Bahamas totalement conquis par cet archipel superbe, entourés de plusieurs bateaux copains tous aussi sympa les uns que les autres, ayant chacun leur histoire de vie incroyable. Ce sont les grands au revoir, les promesses de s'écrire, de se revoir peut être….

Hôtel Atlantis - Nassau
 

Nous garderons en mémoire notre sortie à l’Aquarium du gigantesque hôtel « Atlantis » de Nassau avec l'équipage de Swell, notre descente clandestine avec Clarisse "dans" le bassin des requins, et le lendemain, la sortie de Jules en mode « guide touristique avec les bateaux Ausaya et Anth’r’flo ». 

C’est donc totalement comblés que nous reprenons la mer cap au Nord. Mais avec un certain trac : nous avons 1100 miles à parcourir pour rejoindre NYC, le redouté Cap Hatteras à mi-chemin à franchir et le Gulf Stream à traverser. La probabilité que nous puissions, si tôt en saison, arriver d’une traite à New York est très faible. Nous nous sommes préparés à l'idée de devoir faire un stop au milieu (même si cela ne nous enchante pas car cela raccourcira notre séjour sur place). 

La navigation fut sportive, tactique et pleine de rebondissements, histoire de nous maintenir dans le bain de l’aventure: 

  Nous avons jonglé avec la météo pour gérer un front de Nord- Nord Est qui nous obligeait à faire du près très serré…. jusqu’au moment où alors que nous avancions à 9 / 10 nœuds dans un Gulf Stream agité, le vent est monté plus fort que prévu, atteignant les 30 nœuds établis. Même avec 2 ris / trinquette, au près, dans le Gulf Stream, que la mer devient très mauvaise, bof bof. « A l’ouest toute » : on décide de bifurquer pour aller se mettre à l’abri dans un bras de rivière. A quelques miles de l’arrivée, la météo semble à nouveau favorable, le vent a légèrement fléchi au Sud-Est, cela doit être praticable. « Cap au Nord Est, toutes voiles dehors, le repos sera pour plus tard, on poursuit ! ». 

Anecdote: en plus du GPS qui nous indique notre vitesse, c’est grâce a la T° de l’eau que l’on sait si nous nous rapprochons du tapis roulant du Gulf Stream. Ainsi dans la même journée nous sommes passés d’une eau à 23 ° chutant à 13°, et remontant degrés après degrés pour ré atteindre les 20° au milieu du courant. Au plus froid, l’eau est descendu à 9 ° au passage du Cap …. Nous réalisons qu’une page se tourne pour de bon.

Mais 2 événements vont marquer cette navigation et la rendre MEMORABLE. 

Au petit matin du 5ième jour de mer, tout le monde dort, la canne s’agite, Chris sert le frein du moulinet. La prise a l’air grosse, très grosse. Il appelle tout le reste de l’équipage. Nous ne serons pas trop de 4 pour gérer l’affaire. Les conditions météos sont parfaites, quelle chance. Jules et moi roulons le génois pour ralentir le bateau et rendre la remontée plus facile. C’est vraiment très gros, cela tire, la canne est pliée en deux….. suspens… dans ces instants, nous retenons tous notre souffle : est-ce que la canne va tenir ? Le poisson ne va t-il pas lâcher ? Est-ce une prise comestible ? 

Et là quelle surprise ! 

Nous n’en croyons pas nos yeux ! Un énorme espadon !! Avec son rostre et sa nageoire en forme de voile….. nul doute, c’est un espadon voilier. Le poisson mythique des océans !  Nous sommes totalement impressionnés par la prise, presque subjugués par ce cadeau de Dame Nature. Il faut dire qu’après la « disette » des Bahamas, c’est une vrai bénédiction.


Le genre de prise que l’on fait une fois dans sa vie. Hissé dans le cockpit par notre costaud Capitaine, nous le mesurons : plus grand que Jules il atteint les 1m95….. il reste à lui rendre hommage, à le remercier pour les bons repas qu’il va nous offrir et à découper les filets (imaginez un bestiau de 2 m dans le cockpit., dans un bateau qui bouge, avec le souci de ne pas en mettre partout et sans gaspiller). 

Opération 100 % réussie : grâce à un peu de technique, beaucoup de soin, et notre grand frigo, nous nous régalerons de pas moins  de 9 repas à 4 voraces, déclinés de la façon suivante : 








  • -Ceviche d’espadon cru mariné au citron
  • -Sashimi d’espadon à la japonaise : soja / gingembre
  • -Espadon à la tahitienne (mariné citron / lait de coco / tomates / oignons / concombre)
  • -Espadon à la Provencale
  • -Steak d’Espadon au beurre
  • -Gratin dauphinois d’Espadon
  • -Espadon mayonnaises
  • -Quiche à l’espadon
  • -Papillotte Espadon au curry /carotte




Voilà comment la magie opère en voyage ! 


Et pour compléter le tout, un soir de pétole à 2 jours de l’arrivée, sous un splendide couché de soleil qui irradie le ciel et l'océan tout autour de nous, nous repérons un aileron sur l’eau devant nous. Réflexe : nous ralentissons le moteur pour ne pas heurter un animal marin et mieux observer. 


Soudain, un autre ….puis 5 …puis dix…. Des dizaines d’ailerons. Nous sommes au milieu d’un banc tout calme. Difficile de savoir de quelle espèce il s’agit. L’indice nous est donné par Jules : le mouvement des queues va de gauche à droite ( et non de bas en haut): il s’agit donc de requins assurément. Mais ils sont énormes et d’un calme olympien…probablement des requins-baleine. Nous nous approchons tout doucement. L’un d’eux curieux plonge sous Mowgli sous nos yeux ébahis… Oui c’est bien cela : des énormes requins baleine, tachetés, par dizaine autour de nous. Quel spectacle!!!!
(la visite au Museum d’Histoire Naturelle nous le confirmera quelques jours plus tard)


si si!! regardez bien vous allez le trouver!





Il reste 2 jours de navigations, un dernier front à passer toujours au près serré, un dernier effort pour supporter le bateau qui tape et, victoire, après 9 jours de mer, nous rentrons dans la baie de New York. Nous avons changé de climat, il fait froid, les buildings au loin nous confirment que nous allons aussi changer de planète. Nous sommes le 3 mai. Challenge 100% réussi. Nous avons donné le meilleur de nous même, et pour reprendre nos esprits, c’est au mouillage à Sandy Hook, au sud de Lower Bay, au calme côté New Jersey que nous poserons l’ancre. 





Reste une dernière contrainte avant de croquer dans la Grosse Pomme: effectuer notre entrée aux USA, douanes et immigration au CBP du Terminal des Paquebots de «Bayonne» (désert ce jour-là….)… tout un poème. 







Et sans blague, le soir où nous "posons la pioche" (jeter l'ancre) au pied de la Statue de la Liberté, un feu d’artifice est tiré depuis Gouverner Island comme pour nous souhaiter la bienvenue…. Il fait froid, nous allumons le poêle…. Il y a dix jours, nous nagions avec les tortues. Les mots manquent pour décrire le tourbillon d’émotions dans nos têtes. 
Il y a 4 ans pile nous "posions la pioche" au même endroit en plein COVID dans un New York désert. Cette fois, nous y retrouvons toute la famille et tout une ville en furie ! 








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