dimanche 28 juillet 2024

L'imprévisible Mer du Labrador

 

Pour quitter la douceur de vivre de Saint-Pierre et Miquelon, il nous a fallu :

De la chance ….. de voir notre pièce moteur réparée juste à temps par Denis, l’ingénieux et dévoué soudeur-mécano de l’île.

 

(En réalisant notre grand check technique d’avant-départ quelques jours auparavant, nous avions repéré une usure inquiétante sur le collecteur d’échappement moteur et fort raisonnablement avons préféré la changer avant de partir pour éviter casse et/ou panne. Encore fallait-il trouver à Saint-pierre l’homme providentiel capable de nous fabriquer la pièce de rechange sur mesure, dans des délais et des prix raisonnables !).



De l’organisation ……pour les dernières lessives, dernières douches, dernières courses, derniers achats techniques pour le Grand nord comme par exemple des gants fourrés de pécheur pour affronter l’humidité des jours de brouillard, des jerrycans de GO supplémentaires, ou encore des bidons d’huile moteur en stock. Sans oublier des boites de vitamines et magnésium !



Des conditions météo convenables … pour au moins écarter la pointe de Terre-neuve et rejoindre Saint-Johns 200 miles plus au Nord. Dur de viser plus loin, les prévisions météo changent chaque jour mais il faut partir. Les jours défilent et comme un coup de semonce, le sablier des 2 derniers mois de voyage s’égraine déjà à pleine vitesse.


Au moment de notre départ de SPM les fichiers annonçaient encore du gros temps sur le Labrador


De la détermination (beaucoup de détermination)…… pour quitter la si chaleureuse ambiance du Quai Tabarly de Saint-Pierre. 

Nous gardons en tête de si bons moments.... 

 

Jusqu’au bout petits et grands ont passé des moments délicieux entourés de gens géniaux. 




 

 

La bande d’ado a continué à en profiter pleinement : baignade dans les lacs glacés, soirée feu de camps, chasse au trésor grandeur nature organisé par Jules dans la ville, soirée jeux et musique, spectacle de trapèze par les filles Nansen.

 

 

Pendant que les adultes refont le monde, redessinent des routes de voyage, rêves de nouveaux horizons, heureux d’avoir réussi à forcer le destin pour vivre intensément tout cela aujourd’hui.




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Intense de quitter SPM : en témoignent les « au revoir » affectueux et émus avec les copains-bateaux à notre départ. 




Promis, on se reverra les aventuriers ! 




Puis, une bonne recette pour la traversée  :


Une très grande envie pour arriver à l’autre rive….. affronter coûte que coûte ces mers froides, remplies d’icebergs dérivants, souvent brumeuses, parfois déchainées comme en témoigne les fichiers météo pris 3 jours avant notre départ, annonçant malgré l’été des dépressions encore très creuses sur le Labrador (nous laissant parfois perplexes et dépités face au risque de devoir attendre des jours et des jours des conditions meilleures).

Un peu d’audace donc …… à se lancer une fois passée la pointe de Saint-Johns sans nous être arrêtés en voyant que les prévisions n’étaient, certes, pas parfaites mais a priori praticables.

De la patience … pour faire face au vent fort de près sur deux période de 36 heures. Nous avons géré la première avec une mise à la cape de 08h pour ménager le bateau et les bonhommes et la seconde par un angle pas trop serré avec 3 ris et trinquette. Très bonnes options côté confort et sécurité mais rallongeant sacrément la route.



De l’émerveillement …. pour savourer la danse des globicéphales et de grands dauphins dans le vagues de notre sillage ou dans l'étrave de Mowgli, et pour observer le souffle des baleines au loin.

Des repas chauds et réconfortants, de bons livres et des siestes réparatrices pour tenir le rythme des quarts de nuit, les yeux rivés sur le radar à l’affût d’éventuels icebergs dérivants. Nous en avons croisé cinq aux larges des côtés du Labrador (bien loin donc du Groenland) et avons été très soulagés de voir que l’alarme du radar fonctionnait parfaitement. Ce qui n’empêche en rien une veille active 24/24, Jules prenant de temps en temps le relais pour nous soulager.

Des ados géniaux qui malgré le bateau qui tape dans les vagues dans un boucan d’enfer, l’humidité et l’inconfort de leurs bannettes à cette allure (penchées sur tribord), ne se plaignent pas, ne comptent pas les jours et sont pleinement conscients qu’il suffit de vivre le moment présent avec le plus de sérénité possible pour que le temps passe, jours après jour et qu’inexorablement l’arrivée approche.

Une bonne étoile, notre ami Hubert qui par un simple sms de quelques mots reçus via notre téléphone satellite nous oriente sur l’option de partir plus Nord que prévu pour éviter le pack de banquise encore présent à la pointe Sud du Groenland. Là encore cela rallonge la route, et rend l’angle au vent plus tendu à négocier mais – la suite le confirmera- ce sera une excellente option.


Au final : 9 jours de mer pour parcourir un peu plus de 1000 miles depuis Saint-pierre et Miquelon


Et pour l’arrivée spectaculaire au Groenland, nous avons eu, royal :

La T° de l'eau chute brutalement.... -0.5 ° !!!!! 








Et voici le pack de banquise au petit matin …. nous bouchant littéralement la route !

 


Une ligne blanche de glace à perte de vue…. et des géants au milieu. 



Conditions idéales : peu de vent et une bonne visibilité, .....

.....puis soudain mur de brouillard, opaque et glacé. 

Raisonnables, nous décidons de mettre cap plein nord pour contourner le pack et ne pas risquer de le traverser et de s’y retrouver coincés.  

Le pack de glace à perte de vue 

Nous mettons donc le cap sur Arsuk.

Toujours dans le brouillard nous approchons la côte. Le pack est derrière nous. Ouf. Mais la visibilité est nulle. Nous voyons se dessiner d’énormes icebergs.


Et soudain nous sortons du banc de brume : difficile de dresser le tableau qui se dessine sous nos yeux sans tomber dans l’excès de superlatifs… 

Et pourtant : grand soleil éblouissant, éclairant des monts enneigés, le minuscule village de Arsuk se niche au creux d’une immense montagne, des icebergs tous aussi beaux et majestueux les uns que les autres parsèment la baie, au fond le fjord se dresse avec des sommets encore plus hauts au loin…. 




C’est magnifique, spectaculaire, … magistral !

Nous sommes subjugués. Les enfants eux-mêmes sont émerveillés.

Nous sommes au Groenland !  Après 9 jours de mer, après l’incertitude de la météo et de la carte des glaces, après la traversée du pack, Mer Nature nous offre des conditions et un cadre exceptionnel pour découvrir cette terre mythique.



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La même histoire 100 % images : 



Départ de Saint-Pierre 



Au large de Terre-Neuve 





La brume se lève 



Baleine 





Premiers icebergs à l'horizon 













Carte des glaces montrant le pack devant Qaqortoq où nous pensions aller initialement 




Les premières vision de la côte plus au Nord à Arsuk :